Le Bengal
C'est une histoire étrange que celle de ma race. Elle ne contient pas de légendes, car elle est récente. En fait, elle a été créée par vous les Humains. Je dois la vie au désir d'une femme américaine de sauver une race de chat sauvage, le chat léopard d'Asie ou Felis Bengalensis et l'histoire se passe en 1963.


UN ANCÊTRE INHABITUEL

L'apparence de mon ancêtre sauvage dépend beaucoup de l'endroit où il habite. Selon le Larousse du chat, on peut rencontrer le Felis Bengalensis du Pakistan à la Chine, à travers tous les pays du bloc indo-malais; vers le nord-est, il remonte jusqu'en Mandchourie et en Extrême-Orient soviétique. Dans ces régions froides, les animaux sont grands, leur pelage est très dense, gris et avec des taches peu marquées.
Vers le Sud et les Iles de la Sonde, la couleur de leur pelage devient plus chaude. En fait, la teinte et les taches de la fourrure varient selon la région. Ce félin sauvage est le plus commun à habiter les régions de Bornéo, Sumatra, Java, Birmanie et la Malaisie. Dans ces régions, le F. Bengalensis est roux avec des taches noires. Quant aux Philippines, elles abritent la plus petite forme. Dépendamment des régions, leur poids varient de trois à sept kilos. En fait, sa taille est identique à celle du chat domestique.


L'HABITAT

Leur habitat naturel est varié. Il habite des lieux divers de la forêt tropicale à la taïga et il fréquente parfois des zones de fourrés quand les grands arbres manquent. Sa nourriture est celle de tout chat sauvage de sa taille vivant dans le même milieu : des petites proies, des rongeurs, des oiseaux, des lézards et des poissons (c'est un excellent nageur). Leur robe permet à ces super grimpeurs une certaine invisibilité en période de chasse.

La beauté ne laisse jamais indifférent et peut causer bien des problèmes. F. Bengalensis n'y a pas échappé. Il a subi le commerce des fourrures, le trafic des animaux exotiques vivants et la régression des habitats naturels. Quand le problème a été connu, la pression de l'opinion publique a entraîné une diminution importante du piégeage de mes ancêtres et de tous les félins sauvages. Une législation protège maintenant ces espèces félines en danger d'extermination. Il subsiste tout de même un grave problème pour ces animaux: les terres cultivées envahissent leur habitat et ces bêtes sont confrontées au dilemme suivant: s'adapter ou disparaître.


LES BENGALS ARRIVENT

Les premiers croisements faits entre F. Bengalensis et un chat domestique n'avait pas pour but de créer une nouvelle race; c'était dans le cadre d'un programme scientifique de recherche afin de tester la résistance du chat léopard d'Asie vis-à-vis le virus de la leucémie féline. Cependant, en 1963, la californienne Jean Mill commence un élevage délibéré de F. Bengalensis qu'elle croise avec un chat domestique. Son but est de protéger mon ancêtre de l'extermination en créant une race de chat domestique qui aura l'aspect sauvage du F. Bengalensis, mais qui aura aussi l'aimable tempérament amical du chat domestique. Une mise au point s'impose lorsque je vous parle d'un chat domestique, je ne parle pas seulement d'un chat sans pedigree, en fait, je dis domestique par opposition à sauvage. Donc dans ce cas bien précis, domestique peut inclure chat de race. Dans un article tiré de Catfancy en février 1991, Jean Mill écrit qu'elle a délibérément croisé le chat léopard d'Asie avec un chat domestique afin de contrer ces gens qui alimentaient les animaleries avec tout plein d'animaux exotiques qui étaient très demandés. Ce commerce illicite a eu une période très lucrative pour quelques humains, mais bien dévastatrice pour beaucoup de races animales.

Cependant comme ces animaux étaient tout de même sauvages, même s'ils avaient été chèrement payés, ils n'en finissaient pas moins soit dans un zoo ou soit évadés dans les rues des villes. “J'espérais qu'en dotant les chats domestiques d'une fourrure de léopard, l'échange serait satisfaisant. Si ceci pouvait dissuader les dames fanatiques de la mode de porter des fourrures ressemblant à celle de nos animaux domestiques, la diminution de la demande résulterait peut-être en la protection de nos espèces sauvages”, affirme Jean Mill.
L'opération envisagée par Jean Mill était possible, car il y a beaucoup d'analogies entre la taille, l'aspect, l'activité et même le patrimoine génétique entre F. Bengalensis et le chat domestique. Tout comme pour le domestique, leur mode de vie est constitué d'une inactivité prolongée, ponctuée de recherches frénétiques de nourriture. Le premier Bengal issu d'un F. Bengalensis et d'un chat sans pedigree est enregistré en 1983. Il est américain et il s'appelle Millwood Finally Found.


REPRODUCTION DE DEUX RACES

Comme dans tous les cas où on parle d'hybridation, une question se pose : comment peut-on réussir à faire reproduire des spécimens de deux races différentes ensemble ? Dans le cas du premier accouplement du Felis Bengalensis avec un chat domestique, c'est-à-dire sans pedigree, la première génération, celle que l'on appelle un F1, la femelle pouvait se reproduire, mais le mâle était stérile. Alors bien sûr il faut renouveler l'expérience. On prend donc la femelle F1 qu'on croise encore avec un chat domestique. Au bout de deux ou trois générations, la situation est tout à fait normale. Ne riez pas de moi. Au début un humain sans imagination nous avait baptisés “léopardette”. C'est vrai nous ressemblons à des petits léopards, mais le nom ne faisait pas très sérieux. Il me semble que léopardette n'a pas la même envergure que Bengal pour parler d'un félin de mon allure et de ma prestance.


UN BON TEMPÉRAMENT

Au début de l'article, j'ai délibérément pris du temps pour parler de mon ancêtre sauvage. À cause de mes origines, j'ai un petit quelque chose de plus qu'une autre race de chat : de mon ancêtre sauvage, j'ai hérité l'amour de l'eau. Je suis fasciné par elle. Ne soyez pas surpris si je viens vous rejoindre sous la douche ou dans le bain. Mais je viendrai de mon plein gré : ne commencez pas à faire des tests avec moi et à me jeter dans l'eau pour voir si la rumeur dit vrai. Je viendrai à mon heure, quand je serai prêt.

J'aime aussi grimper, simuler les activités de la chasse; je suis curieux, actif et j'aime l'espace. Je ne veux pas dire que je serai malheureux en appartement, loin de là... je dis seulement que j'ai besoin de vivre ma vie de chat, de jouer, de dépenser mon plein d'énergie. Je suis très sociable, affectueux, j'aime la compagnie des autres chats, chiens, humains. Je ne suis pas un chat exclusif. J'aime tout le monde de la maisonnée. Si vous devez vous absenter souvent peut-être que vous pourriez me donner un petit frère ou une petite sœur qui aimera jouer aussi. Ahhhh la belle vie!

J'ai eu la chance de naître chez un bon éleveur qui m'a bien socialisé qui m'a laissé vivre dans sa famille, qui m'a permis de faire partie du clan et c'est la raison qui fait que je vous aime et que je veux vivre avec vous. Je vocalise beaucoup parce que j'aime chanter, exprimer mes états d'âme; pas vicieux pour deux sous, je suis très prévisible dans mes intentions. J'ai entendu dire que si j'avais été élevé seul avec ma mère dans une pièce isolée, je n'aurais une fois adulte que peu d'intérêt pour vous les humains.


UNE ROBE HORS DU COMMUN

Ma fourrure est remarquablement belle et dense. Elle est exceptionnellement douce et soyeuse. À la lumière, elle semble recouverte de poussière d'or. Il arrive que les chatons aient le poil légèrement plus long que celui des adultes. Ceci est causé par le fait que pendant les huit à douze premières semaines, à l'état sauvage, les chatons ont une fourrure de camouflage servant au déplacement de la portée vis-à-vis les prédateurs, qu'ils perdront par la suite. Cette caractéristique a été conservée dans leur génétique. L'extrémité noire de la queue ainsi que les coussinets des pattes sont une caractéristique importante chez cette race et sont indépendants de la couleur ou du patron de la fourrure. On retrouve un motif en forme de “M” prononcé sur le front.


LES PATRONS

Il existe deux sortes de patrons dans notre fourrure : le moucheté (spotted) et le marbré (marbled). Également, le Snow (des neiges) comprend ces deux patrons. Dans le motif moucheté (spotted), c'est très important que les taches noires, chocolats ou cannelles soient très nettes, distinctes les unes des autres et qu'elles apparaissent sur l'arête dorsale. Les pattes avant peuvent être mouchetées ou avoir un semblable de bracelets (anneaux) dépendamment de la génération. Ces taches doivent contraster nettement avec les couleurs de base. La fourrure de ce type de motif doit toujours être du type “bouton de veste” avec un marquage sur les joues bien visible. De même, la couleur de fond de ma robe peut aller du très orange au très brun pâle, le très orange étant le plus recherché, car c'est la couleur la plus près de celle de F. Bengalensis. Ce sont les rosettes (taches claires à l'intérieur d'un cercle plus sombre) qui sont les plus recherchées.

Dans le motif marbré (marbled), la robe présente de larges ailes de papillon aux épaules et de grandes rosettes en forme d'huître au niveau des reins. Les Européens appellent ce motif le “classic tabby”. Les bandes sont plus allongées que rondes.
Il y a finalement le Snow communément appelé le “léopard des neiges” dont la robe est de couleur blanche-ivoire. Tout comme chez les Siamois, les chatons naissent blancs et les taches apparaissent vers le cinquième jour.

Il existe aussi le Bleu qui n’est accepté dans les expositions que depuis quelques années et qui est classé dans les “nouvelles races et couleurs”.

Peut importe le motif de notre robe, les taches rondes doivent être réparties régulièrement sur tout notre corps, y compris le ventre. C'est intéressant de savoir que la fourrure brune mouchetée a été la première à être stabilisée. Sans perdre de temps à vous parler de toutes les nuances de couleurs et de patrons permis pour ma robe, vous pouvez toujours regarder les photos, elles parlent d'elles-mêmes...


JE SUIS UN CHAT IDÉAL

Comment vous dire sans me vanter que je suis le chat idéal : mon système immunitaire très robuste fait que je suis rarement malade lorsque j'habite dans un bon logis où mes humains se préoccupent de moi. Mes humains à moi ont compris que je suis un carnivore très actif et que je dépense beaucoup d'énergie en jouant. Dans ma diète alimentaire, ils me donnent de la nourriture sèche et de la nourriture en boîte de bonne qualité (avec une haute teneur en viande), car j'en ai besoin.
Je demande très peu de toilettage. En fait, on ne conseille pas de me brosser ou de me peigner trop souvent afin de ne pas abîmer mon pelage. Tout ce que je demande c'est un nettoyage d'oreilles occasionnels si nécessaire et une coupe régulière des griffes. C'est un jeu d'enfant quand le chaton est habitué très tôt.

Présentement, en Amérique, ma race est reconnue par la AFC (Association Féline Canadienne) et par la TICA (The International Cat Association)


Auteur: Françoise Morin
Magazine Poils et compagnie
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