L’autre jour, une dame se présente à la clinique et m’explique que sa vieille mère vient d’entrer à l’hôpital. Plus personne n’étant disponible pour s’occuper du chat de celle-ci, elle s’informe du coût d’une euthanasie. Le chat est relativement jeune et en bonne santé. Bien que peinée de prendre une telle décision, la dame est convaincue que le chat, un peu craintif selon elle, ne pourra être heureux ailleurs que dans les bras de sa maîtresse.
Voilà une situation à laquelle j’ai été confronté à maintes reprises au cours de ma carrière. Décès, divorce, maladie étant tous de bons déclencheurs pour prendre la décision de faire tuer un chat ou un chien appartenant à un membre de la famille. Ce n’est hélas pas tout le monde qui accepte les responsabilités d’un héritage possédant quatre pattes et du poil...
Dans le cas qui nous préoccupe, j’ai longuement discuté avec la dame afin de bien lui faire comprendre la portée de son geste. Pas seulement pour le chat qui mérite bien de vivre encore de nombreuses années, mais surtout pour sa maîtresse. Dans ce genre de situation hautement émotive où les prises de décision se prennent parfois rapidement, il est parfois important de prendre une pause pour réfléchir aux conséquences.
Pour certaines personnes âgées, le chat ou le chien constitue un réel compagnon de vie qui non seulement leur apporte du réconfort, mais surtout leur offre la possibilité de donner. Car ce qui manque souvent aux gens du troisième âge, ce n’est pas de recevoir de l’attention mais de ne pas avoir l’opportunité d’en donner. Ils sont en droit de se demander «Si personne n’a jamais besoin de moi, comment puis-je me sentir utile? ». L’animal comble alors ce besoin vital.
C’est pourquoi, j’ai insisté pour que la dame fasse tout en son possible pour trouver un foyer au chat de sa mère plutôt qu’opter pour l’euthanasie. Le choc émotif que représente le départ de son domicile, de souffrir d’une maladie et d’être hospitalisée ne doivent pas venir s’aggraver du deuil d’un animal dont on s’est occupé pendant des années. D’autant plus qu’il n’est pas rare de voir éclater des chicanes où les parents accusent leurs enfants de s’être débarrassé du chien ou du chat pendant qu’il n’était pas en mesure de décider adéquatement.
Dites-vous que même à distance, un animal domestique peut encore jouer son rôle de « zoothérapeute » en donnant un peu d’espoir à son maître de s’en sortir. On aurait tort de sous-estimer le pouvoir de guérison du simple désir de se savoir encore utile !
Michel Pepin m.v.
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