Pou est un vagabond dans l'âme. Il y a quatre jours, POU est entré à la maison avec une tache d’huile suspecte sur le dos. « C’est comme si quelqu’un lui avait déversé de l’huile (de l’huile à moteur ou de l’huile pour un traitement antirouille) également sur tout le dos, en épargnant seulement la queue», me dira son propriétaire. Le pauvre chat tentait alors de se nettoyer en se léchant compulsivement. POU, comme la plupart des chats, déteste les bains et son propriétaire enleva le plus gros de l’huile avec une serviette savonneuse.
Suite à cet incident, l'appétit de POU déclina en flèche. POU se rendait à son bol et se mettait à ravaler sans toutefois parvenir à manger. Depuis 24 heures, la respiration de POU devenait de plus en plus laborieuse.
POU a un an et 7 mois, mais en paraît vingt en ce moment. Son pelage blanc et gris sent encore un peu l’huile. Il fait péniblement quelques pas et ses petits yeux tristes m’implorent de l’aider. Lorsque je palpe sa gorge, il fait énormément d’efforts de déglutition et ravale douloureusement. L’examen de sa bouche est difficile, car la région est trop sensible. Il a une forte fièvre, il est déshydraté, sa respiration est saccadée et POU fait de gros efforts pour pouvoir respirer. Des radiographies de ses poumons montreront d’ailleurs une inflammation de toutes ses petites bronches.
Visiblement, POU est victime d’une intoxication à un dérivé de pétrole. En tentant de se nettoyer, POU a avalé de grandes quantités d’huile. L’huile a causé des brûlures au niveau de sa bouche, de sa gorge et de son œsophage, l’empêchant de manger. Les dérivés de pétrole étant très volatils, les vapeurs qui s’en dégagent ont pénétré ses poumons, causant une pneumonie. Il est difficile de se prononcer sur ses chances de survie, car nous ne savons pas depuis quand cette huile était sur son dos et nous ignorons les quantités ingérées. Une chose est claire : les souffrances de POU sont atroces et il faut intervenir immédiatement.
POU est hospitalisé et on lui installe un cathéter intraveineux pour le réhydrater. Des antibiotiques sont administrés directement par ce cathéter pour traiter la pneumonie. On lui fait aussi avaler à l’aide d’une seringue (bien malgré lui), un liquide qui couvrira les plaies et ulcères de son œsophage, de l’estomac et du petit intestin. J’aurais aimé lui donner un bain pour enlever les résidus d’huile sur son corps, mais je crains que le stress du bain empire sa respiration déjà très compromise. Je lui installe donc un petit collier élisabéthain qui l’empêchera de se lécher durant la nuit.
Le lendemain matin, POU a fait d’énormes progrès : sa température est normale, sa respiration est belle, il est alerte, bien hydraté et est capable de manger par lui-même de la nourriture en conserve! POU est heureux de recevoir son congé. Il devra poursuivre ses antibiotiques et le protecteur de muqueuses à la maison et inscrire un bon bain chaud à son agenda!
POU n’est pas mon premier patient à vivre une telle mésaventure. Je me rappelle d’un chat qui avait littéralement été saucé dans un diluant à peinture. Il avait souffert de brûlures sur toute la surface de son corps. Le Québec fait malheureusement bien piètre figure en matière de droit des animaux et nos lois considèrent encore ceux-ci comme des « ’ biens meubles »’ plutôt que comme des êtres vivants. Nos lois sont déficientes, certaines mentalités sont difficiles à faire évoluer et il existera toujours des fous et des criminels… Sans verser dans la paranoïa, il faut être vigilants avec nos animaux qui sortent à l’extérieur et ne pas hésiter à téléphoner le vétérinaire dans le cas d’une situation suspecte.
Dre Brigitte Lasnier
Clinique Vétérinaire de l’Ile Jésus
3625, boul. Dagenais
Fabreville
450-963-6612
www.ilejesus.infovet.ca
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